Paul-Olivier Le Gendre, textes
Coffret des
langues.
Ce qui est en haut conjoint ce qui est en bas.
J'entends les pulsations de l'univers; le cœur de maman-monde.
Son utérus condense, ainsi qu'une
grossesse,
ma naissance et ma mort jumelles.
Je suis nourri des martèlements prodigues de cette forge,
au centre
radieux de toutes les circonvolutions.
Dès lors, j'habite ici, la face;
dressé à l'orée du mont crâne, croisillon
de la figure.
Ne m'imaginez pas posté à la commissure
des lèvres, à l'affût d'une foulée, vers
le dedans ou le dehors.
Non, je suis la lippe même de la percée.
Le pourtour du
précipice.
Je ne sombre pas vers la trachée mais pas plus
je ne culmine vers l'extrémité de la
langue.
Non, je suis moi-même la gueule du gouffre.
La bouche en tant qu'elle est lieu, et non
source,
des succions et des souffles.
Paul-Olivier Le Gendre, 2007.
L’atelier-cuisine.
Isolé dans l’atelier-cuisine, tu enfiles le tablier de la métamorphose et
s’opère
alors la petite transformation :
accommoder ta volonté d’en découdre avec la matière
et ton désir spirituel de t’abandonner aux
mystérieuses forces
de l’intuition, de l’inspiration.
Tu sors les ustensiles de la bataille; la batterie de campagne.
Car il s’agit en effet d’une lutte.
Quand bien même, s’ouvre un dialogue entre ton inconscient et ton conscient, tu ne souhaites pas
libérer pour autant toutes les images qui pourraient naître en l’instant.
La matière-peinture, à l’huile rehaussée
d’ingrédients divers (ongles, cheveux, poils, poussières, clous, ...) bouillonnent de faces et de grimaces et de paysages etc.
Mais dans cette soupe à la frontière du formel-informel, tu canalises les symboles, les signes, les
figures qui orientent alors le dialogue conscient-inconscient dans
le sens que tu pressens.
Tu assaisonnes cette mixture d’un imaginaire psycho-magique où
comme un enfant, tu oses croire que
l’image mitonnée induira sur ta
réalité d’homme en quête.
Paul-Olivier Le Gendre, 2004.
Transhumance.
C’est
le chant des origines
Le regard en croix
Du berger médusé
Par la chute de son troupeau
Abîmé au fond
Quand le sens
de l’avenir
Se prend à reculons
Selon que l’on
monte
Ou que l’on
ressent
Le champ
éparpillé
Où
s’égaieront
Les
cadavres des
Moutons épris
D’amour.
Paul-Olivier Le Gendre, 1994.
Clinique de
Vinci.
Des bras des mains
des oreilles des pieds
des nez des
seins
des mollets des dents
des cheveux des
orteils des
yeux
…Je suis
au milieu de ce bordel.
Paul-Olivier Le Gendre, 1994.